L'objectif n'est plus d'être performant aujourd'hui, mais de s'assurer d'exister encore demain pour pouvoir l'être.

Les transactions cachées

Les nons-dits, les sens cachés, quand manifestement, la verité est ailleure

NAVIGUER LES VENTS CONTRAIRES

Caroline Poiret Domanine

4/21/20266 min temps de lecture

A group of people holding up a white mask
A group of people holding up a white mask

En Analyse transactionnelle, chaque échange est une transaction envoyée depuis l'un de nos Etat du moi et reçu par celui de notre interlocuteur.

  • Parent (comportements, pensées, sentiments appris des figures d’autorité)

  • Adulte (réactions rationnelles, ici et maintenant)

  • Enfant (émotions, impulsions, souvenirs d’enfance)

Analyser ces transactions permet de comprendre si la communication est claire, efficace et... souhaitable. Les transactions peuvent être simples et complémentaires ou croisées , source de malentendus et conflits.

IMPACT DE LA PRESSION

Dans un contexte de polycrise, les gouvernances automatiques sont activées en permanence en entreprise, chez toi comme chez tes collaborateurs. La méfiance est la norme. Chaque message est interprété à travers un filtre de mefiance ou de peur plus ou moins marqué. Un feedback factuel peut être facilement entendu comme une attaque; une demande de rapport, comme du contrôle; une reformulation comme de la condescendance.

  • Transactions complémentaires : la communication peut se poursuivre. La réponse vient de l'Etat du Moi visé. Attention : complémentaire ne signifie pas sain. Un échange Parent Normatif négatif / Enfant soumis est complémentaire et profondément destructeur sur la durée.

  • Transactions croisées : la communication se rompt. La réponse vient d'un état différent de celui attendu. C'est la source de la majorité des conflits.

  • Transactions cachées : le message cache un sous-texte. Ces transactions sont particulièrement problématiques en contexte de défiance : tes équipes lisent le sous-texte avant les mots.

Exemples: 

  1. « Ah, tu fais la reu en one to one?» Petite moue

  • Message apparent : surprise .

  • Message caché : « Je n'ai pas confiance »

  1. « La reunion, c'est 17h.» Regard appuyé

  • Message apparent : information pratique

  • Message caché : « Ne sois pas en retard »

  1. « Tu me forward le mail client, je vais lui répondre?  »

  • Message apparent : prise en main

  • Message caché : « Tu n'en est pas capable »

LA TECHNIQUE ANTI TRANSACTION CACHEE

Le miroir empathique consiste à reformuler non seulement le contenu du discours, mais l'émotion sous-jacente perçue. Cette technique valide le ressenti (ce qui désactive la gouvernance instinctive chez l'autre), elle clarifie l'émotion pour le collaborateur lui-même, et elle assure que tu as bien compris l'enjeu réel derrière des mots.

  • Parent Normatif : « Tu ne devrais pas le prendre comme ça, c'est pour le bien de l'entreprise. »

  • Miroir empathique : « Si je comprends bien, tu es inquiet parce que tu as l'impression que ce nouveau rôle ne valorise pas tes compétences comme avant ? »

Les transactions cachées sont aussi des transactions ultérieure, le sujet centrale n'étant pas traité, il se représentera rapidement. Il est donc essentiel de clarifier afin de gagner du temps . Cette clarification consiste à nommer explicitement ce que tu perçois, sans accusation, sous forme d'une question ouverte.

Quand un collaborateur dit : « Bien sûr, je ferai ça aussi… comme tout le reste », il t'alerte sur sa surcharge, son ressentiment et peut-être un besoin de reconnaissance non satisfait.

Réponse de clarification : « Je perçois quelque chose derrière ce que tu me dis. Est-ce que tu as l'impression que ta charge de travail est devenue ingérable en ce moment ? »

Cette question fait trois choses simultanément : elle sort du registre du non-dit, elle ouvre un espace de parole réelle, et elle te replace toi dans une posture d'Adulte curieux plutôt que de Parent soupçonneux.

DÉTECTER LES TRANSACTIONS ULTÉRIEURES

Certaines formulations sont presque toujours le signe d'un double niveau :

  • Le « oui, mais » : en surface, c'est une approbation. En profondeur, c'est un refus. « Oui, c'est une bonne idée, mais dans notre contexte, ça ne marchera jamais. » Le message réel : je ne veux pas de ce changement.

  • La critique non assumée: « C'est peut-être juste moi, mais… », « Je ne suis probablement pas la bonne personne pour dire ça, cependant… ». Ces formulations précèdent souvent une critique directe que l'émetteur n'ose pas assumer.

  • L'accord mécanique : réponses courtes, monosyllabiques, absence de questions de suivi. « OK. », « Compris. », « Pas de problème. ». Dans un contexte de tension, ce silence formel dissimule fréquemment une incompréhension, un désaccord ou une résignation.

  • La surenchère d'enthousiasme : à l'inverse, un collaborateur qui approuve tout avec une énergie inhabituelle peut envoyer un signal de compliance défensive : il dit ce qu'il pense que tu veux entendre, pas ce qu'il pense vraiment.

Le corps ne ment pas avec la même facilité que les mots. En contexte de défiance, la dissonance entre le verbal et le non-verbal est l'un des indicateurs les plus fiables d'une transaction ultérieure en cours.

  • Le micro-décalage temporel : une légère hésitation avant de répondre, un regard qui fuit brièvement avant de revenir vers toi. Ce n'est pas de la mauvaise volonté — c'est le temps que prend le cerveau pour choisir le niveau de réponse.

  • La posture de fermeture : bras croisés, corps tourné légèrement de côté, distance physique augmentée. Le corps dit je me protège pendant que la voix dit tout va bien.

  • Le sourire figé : différent du sourire spontané qui implique les yeux. Le sourire de façade masque souvent un inconfort réel.

  • La voix à plat : le ton ne suit pas le contenu  « C'est une excellente opportunité » avec une voix monocorde envoie deux messages contradictoires. Crois la voix, pas les mots.

Certaines configurations organisationnelles sont des terrains fertiles pour les transactions ultérieures :

  • Après une décision imposée : réorganisation, changement de périmètre, annonce descendante. L'accord verbal qui suit n'est presque jamais authentique à court terme. Il est souvent une compliance de survie.

  • En présence d'un tiers : lors d'une réunion, face à plusieurs personnes, le collaborateur ajuste son discours à l'audience. Ce qu'il dit en groupe et ce qu'il pense réellement peuvent être radicalement différents.

  • Lors des évaluations et entretiens formels : la structure même du dispositif crée un déséquilibre de pouvoir qui favorise les réponses socialement désirables plutôt que les réponses vraies.

GÉRER LES TRANSACTIONS CACHEES

Posture 1 : Ignorer (le choix le plus courant, le plus coûteux)

Tu entends le message de surface, tu y réponds, et tu passes à la suite. C'est humain. C'est souvent rationnel à court terme — ouvrir le non-dit prend du temps, de l'énergie, crée parfois des frictions. Mais ce choix a un prix : le sous-texte non traité s'accumule. Il prend la forme de désengagement silencieux, de résistances diffuses, de conflits qui éclatent là où tu ne les attendais pas.

Posture 2 : Confronter directement (le réflexe, souvent contre-productif)

« Je sens que tu ne dis pas ce que tu penses vraiment. Dis-moi ce qu'il y a vraiment. »

Cette approche, même bien intentionnée, active la gouvernance instinctive de l'autre. Mise en demeure de se livrer, la personne se ferme davantage ou passe en mode défensif. Tu obtiens soit le déni (« Non, tout va bien »), soit l'escalade (« Si tu le prends comme ça… »). Dans les deux cas, tu n'accèdes pas au niveau réel.

Posture 3 : Nommer avec douceur — sans accuser, sans interpréter (la posture Adulte)

C'est la seule posture qui crée les conditions d'une communication fertile. Elle repose sur trois temps :

  • Observer sans juger : Tu décris ce que tu perçois de façon neutre, à la première personne. Tu parles de toi, pas de l'autre. « Je remarque que tu n'as posé aucune question sur ce projet alors que tu en portes habituellement beaucoup. »

  • Ouvrir l'espace: Tu proposes une hypothèse, sous forme de question, que l'autre peut accepter ou corriger. « Est-ce que quelque chose te préoccupe là-dedans et que tu n'as pas encore pu dire ? »

  • Accueillir ce qui vient: Que l'autre confirme, nuance ou balaie ta perception — dans tous les cas, tu as envoyé un signal clair : tu es disponible pour le vrai échange. Ce signal crée de la sécurité. Et la sécurité est la condition sine qua non pour que le sous-texte devienne texte.

Un collectif, quel qu'il soit, a besoin de clareté pour prospérer et qui d'autre que toi est en mesure d'installer ce relationnel clair et porteur avec ton équipe?